Probiotiques naturels : ce que dit la science des fermentés

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· par Ferments Maison

Probiotiques naturels : yaourt, kéfir, choucroute crue, kimchi et kombucha réunis sur une table en bois

En bref

Un probiotique est, selon la FAO et l’OMS, un micro-organisme vivant qui, administré en quantité suffisante, apporte un bénéfice démontré pour la santé. Les aliments fermentés comme le yaourt, le kéfir ou la choucroute crue contiennent souvent des micro-organismes vivants, mais ce ne sont pas des probiotiques au sens strict : leur composition varie et leurs effets sont encore peu prouvés. Dans l’Union européenne, aucune allégation de santé « probiotique » n’est autorisée.

Définition de référenceFAO/OMS, reprise par les experts de l’ISAPP en 2014
Aliment fermentéPas toujours vivant (cuisson, pasteurisation)
Allégations santé « probiotique » dans l’UEAucune autorisée
Preuves les plus solidesYaourt (études d’observation)
PrécautionAvis médical si immunodéprimé, enceinte ou nourrisson
Sommaire
  1. Qu’est-ce qu’un probiotique, selon la définition officielle ?
  2. Aliments fermentés et probiotiques : quelle différence ?
  3. Fait maison : pourquoi on ne peut pas parler de dose
  4. Ce que dit la réglementation européenne
  5. Quels aliments fermentés contiennent des micro-organismes vivants ?
  6. Ce que dit la recherche sur les aliments fermentés
  7. Précautions avant de consommer des aliments fermentés
  8. Intégrer les aliments fermentés à son quotidien, simplement

Quand on parle de probiotiques naturels, on pense souvent aux aliments fermentés : yaourt, kéfir, kombucha, choucroute crue ou kimchi. Beaucoup contiennent en effet des micro-organismes vivants. Mais un aliment fermenté n’est pas automatiquement un probiotique, et la science reste prudente sur ses effets. Voici les définitions officielles, la liste des aliments qui contiennent vraiment des micro-organismes vivants, et ce que montrent les études.

Qu’est-ce qu’un probiotique, selon la définition officielle ?

La définition de référence vient d’un groupe d’experts réuni par la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) et l’OMS (Organisation mondiale de la santé) au début des années 2000. Un probiotique y est défini comme des « micro-organismes vivants qui, lorsqu’ils sont administrés en quantités adéquates, confèrent un bénéfice pour la santé de l’hôte ». En 2014, un panel international d’experts, l’ISAPP (International Scientific Association for Probiotics and Prebiotics), a confirmé cette définition et précisé son usage.

Trois conditions doivent donc être réunies :

  • des micro-organismes vivants au moment de la consommation ;
  • en quantité suffisante, connue et mesurée ;
  • un bénéfice pour la santé démontré par des études chez l’humain, pour une souche précise (pas seulement pour une espèce en général).

C’est ce troisième point qui fait toute la différence. Un probiotique est caractérisé souche par souche : on sait exactement ce qu’il contient, à quelle dose, et ce qu’il a montré dans des essais cliniques. Les effets d’une souche ne s’étendent pas automatiquement aux autres souches de la même espèce.

Aliments fermentés et probiotiques : quelle différence ?

En 2021, l’ISAPP a aussi défini les aliments fermentés : des « aliments obtenus par une croissance microbienne désirée et des transformations enzymatiques des composants de l’aliment ». Autrement dit, des aliments transformés volontairement par des bactéries, des levures ou des moisissures. C’est le cas du yaourt, du pain au levain, du miso, de la choucroute, du vin, du fromage ou du kombucha.

Les experts insistent sur deux distinctions :

  • Tous les aliments fermentés ne contiennent pas de micro-organismes vivants. La cuisson (pain), la pasteurisation (certaines choucroutes, sauces soja, kombuchas du commerce), la filtration (la plupart des bières et des vins) ou la torréfaction (café, cacao) les éliminent. Ces aliments restent des aliments fermentés, mais pas des aliments « vivants ».
  • Un aliment fermenté vivant n’est pas un probiotique tant qu’un bénéfice n’a pas été démontré pour ses souches précises. Sa communauté microbienne est souvent diverse, mal connue et variable d’une fournée à l’autre. L’ISAPP recommande de parler d’aliments « contenant des cultures vivantes et actives », pas de probiotiques.

C’est particulièrement vrai pour le fait maison : un kéfir de lait ou un kombucha maison change selon la température, la durée, les grains ou le SCOBY, les ingrédients. On ne connaît ni les souches exactes ni leur quantité. Le terme « probiotique naturel » est donc une expression courante, pas une catégorie scientifique ou réglementaire.

Fait maison : pourquoi on ne peut pas parler de dose

Un probiotique se définit par une quantité connue de micro-organismes identifiés. Or, dans un ferment maison, presque tout varie :

  • les souches : les grains de kéfir, un SCOBY ou les bactéries naturellement présentes sur un chou n’ont pas la même composition d’une cuisine à l’autre, ni même d’un mois à l’autre ;
  • la quantité : elle dépend de la température, de la durée de fermentation, du sel, du sucre et du temps passé au réfrigérateur ;
  • la survie : les populations microbiennes évoluent pendant la conservation, et une partie seulement résiste à l’acidité de l’estomac ;
  • les ingrédients : le lait, le thé, les légumes ou l’eau utilisés changent l’équilibre du ferment.

Personne ne peut donc dire combien de micro-organismes vivants contient ton bocal de choucroute ou ton verre de kéfir, ni lesquels. Cela n’enlève rien à leur intérêt culinaire, mais cela interdit toute promesse de santé, même formulée à demi-mot. Un aliment fermenté maison se savoure pour son goût, sa texture et le plaisir de le préparer, pas comme un traitement.

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Ce que dit la réglementation européenne

Dans l’Union européenne, les allégations de santé sur les aliments doivent être évaluées par l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) puis autorisées par la Commission européenne. Les dossiers déposés pour des probiotiques n’ont pas obtenu d’avis favorable : aucune allégation de santé portant sur les probiotiques n’est autorisée dans l’UE. La Commission considère en outre que le mot « probiotique » lui-même, sur une étiquette, sous-entend un bénéfice pour la santé et constitue donc une allégation. Saisie par des fabricants, la Médiatrice européenne a confirmé cette approche fin 2024.

Une seule allégation liée aux bactéries vivantes est autorisée : les cultures vivantes du yaourt ou du lait fermenté (Lactobacillus delbrueckii subsp. bulgaricus et Streptococcus thermophilus, à au moins 100 millions d’unités formant colonies par gramme) améliorent la digestion du lactose chez les personnes qui ont des difficultés à le digérer. C’est tout. Ni l’immunité, ni le microbiote, ni la digestion en général ne font l’objet d’allégations autorisées.

Mains servant une portion de choucroute crue, bocaux de légumes lactofermentés en arrière-plan

Quels aliments fermentés contiennent des micro-organismes vivants ?

Le tableau ci-dessous résume la situation des aliments fermentés les plus courants. Pour la plupart, tout dépend de la façon dont ils sont fabriqués, conservés et consommés.

AlimentMicro-organismes vivants ?Ce qui change la donne
YaourtOuiEn France, le nom « yaourt » impose des ferments vivants ; les desserts lactés pasteurisés après fermentation n’en contiennent plus
Kéfir de laitOuiBactéries et levures variées, composition variable
Kéfir de fruitsOuiComposition variable selon les grains et la durée
Kombucha maisonOuiLes kombuchas pasteurisés ou filtrés du commerce peuvent ne plus en contenir
Choucroute crueOuiNon si elle est cuite, en conserve stérilisée ou pasteurisée
Kimchi fraisOuiNon si pasteurisé ou cuit
Légumes lactofermentés maisonOuiNon après cuisson
Cornichons au vinaigreNonIls sont conservés dans le vinaigre, pas fermentés ; seuls les cornichons lactofermentés crus en contiennent
Fromages affinésSouventSelon le type, l’affinage et le traitement du lait
MisoSelon le produitNon pasteurisé : oui ; la cuisson à ébullition les détruit
TempehNonIl se mange toujours cuit
Pain au levainNonLa cuisson tue les levures et les bactéries
Sauce sojaNon (en général)Pasteurisée avant mise en bouteille
Bière, vinGénéralement nonFiltration, pasteurisation ; et ils contiennent de l’alcool
Ail noirNonCe n’est pas une fermentation microbienne mais une réaction de Maillard

À retenir : si tu veux consommer des micro-organismes vivants, il faut des aliments fermentés crus, non pasteurisés et non cuits. Une choucroute garnie mijotée pendant deux heures reste un excellent plat, mais ses bactéries lactiques n’ont pas survécu à la cuisson. Pour les préparer toi-même, tout commence par la lactofermentation des légumes ou une choucroute maison à consommer crue.

Ce que dit la recherche sur les aliments fermentés

La recherche sur les aliments fermentés est active, mais il faut distinguer les types d’études. Les études in vitro (en laboratoire) et chez l’animal permettent d’explorer des mécanismes, mais leurs résultats ne se transposent pas directement à l’humain. Les études d’observation chez l’humain montrent des associations, sans prouver de lien de cause à effet. Seuls les essais randomisés bien conduits permettent de conclure à un effet, et ils restent rares.

Le yaourt : les données les plus nombreuses

Selon le consensus de l’ISAPP de 2021, le yaourt est l’aliment fermenté le mieux étudié. De grandes études d’observation associent sa consommation régulière à certains indicateurs de santé (poids, risque de diabète de type 2, santé cardiovasculaire). Mais une association ne dit pas que c’est le yaourt qui en est la cause : les personnes qui en mangent ont peut-être d’autres habitudes de vie. Le seul effet reconnu officiellement dans l’UE reste l’aide à la digestion du lactose. Pour le préparer toi-même, vois notre recette du yaourt maison.

Le microbiote : une étude souvent citée

En 2021, une équipe de l’université Stanford a publié dans la revue Cell un essai randomisé sur 36 adultes en bonne santé, suivis pendant 17 semaines. Une moitié a augmenté sa consommation d’aliments fermentés (yaourt, kéfir, kombucha, légumes fermentés…), l’autre sa consommation de fibres. Dans le groupe aliments fermentés, la diversité du microbiote intestinal a augmenté et plusieurs marqueurs d’inflammation ont baissé. C’est un résultat intéressant, mais à relativiser : l’effectif est petit, les participants étaient en bonne santé, et le critère principal de l’étude (une mesure de réponse immunitaire) n’a pas changé. Des études plus larges sont nécessaires.

Kéfir, kombucha, choucroute, kimchi

Pour ces aliments, les preuves chez l’humain sont encore limitées. La plupart des effets évoqués (digestion, immunité, cholestérol, glycémie) reposent surtout sur des études in vitro, chez l’animal, ou sur de petits essais humains aux résultats variables. Le consensus de l’ISAPP note que peu d’essais randomisés de bonne qualité existent en dehors des laits fermentés. Nous détaillons l’état de la recherche dans nos pages bienfaits du kéfir et bienfaits du kombucha.

Et les compléments probiotiques ?

Les compléments alimentaires probiotiques contiennent des souches identifiées, à des doses connues. Pour certains usages précis et certaines souches, des essais suggèrent un intérêt (par exemple autour de la diarrhée associée aux antibiotiques), selon le centre américain NCCIH, rattaché aux National Institutes of Health. Pour beaucoup d’autres, les résultats sont faibles ou contradictoires. Ces résultats concernent des souches précises : ils ne s’appliquent ni aux autres souches, ni aux aliments fermentés maison. Avant d’en prendre, parles-en à ton médecin ou à ton pharmacien.

Précautions avant de consommer des aliments fermentés

Pour la plupart des adultes en bonne santé, les aliments fermentés bien préparés font partie d’une alimentation variée. Quelques situations demandent toutefois de la prudence :

  • Personnes immunodéprimées (chimiothérapie, greffe, traitement immunosuppresseur…), personnes gravement malades ou hospitalisées : des infections graves ont été rapportées avec des probiotiques chez des personnes fragiles. Demande l’avis de ton médecin avant de consommer des aliments vivants maison.
  • Nourrissons et prématurés : pas d’aliments fermentés maison ni de probiotiques sans avis médical. Et pas de miel avant un an, y compris dans l’ail au miel fermenté.
  • Femmes enceintes : évite les préparations au lait cru non chauffé et les boissons qui contiennent de l’alcool, même en faible quantité (kombucha, kéfir de fruits longuement fermentés). Demande conseil à ton médecin ou ta sage-femme.
  • Sel : choucroute, kimchi, miso ou olives sont riches en sel. Si tu dois limiter le sel, tiens-en compte dans tes portions.
  • Tolérance digestive : certaines personnes ont des ballonnements ou un inconfort au début. Commence par de petites quantités, et consulte si les troubles persistent.
  • Traitement en cours ou maladie chronique : en cas de doute, demande conseil à ton médecin.

Sécurité : un aliment fermenté maison n’est intéressant que s’il est bien fait. Hygiène, bon taux de sel, légumes sous la saumure, acidité suffisante : sans ces règles, tu risques des moisissures ou, dans de rares cas, une intoxication. Revois les bases sur nos pages moisissure ou levure de kahm et botulisme et fermentation.

Intégrer les aliments fermentés à son quotidien, simplement

Sans chercher d’effet santé particulier, les aliments fermentés apportent surtout du goût, de l’acidité, du piquant et de la variété. Quelques idées simples :

  • un yaourt nature ou un verre de kéfir au petit-déjeuner ;
  • une petite portion de choucroute crue, de kimchi ou de carottes lactofermentées en accompagnement, ajoutée hors du feu pour garder les cultures vivantes ;
  • un verre de kombucha ou de kéfir de fruits à la place d’un soda ;
  • du miso délayé dans une soupe chaude mais pas bouillante, en fin de cuisson ;
  • un pain au levain, pour le goût et la conservation (même s’il ne contient plus rien de vivant).

Au supermarché, cherche les mentions « non pasteurisé » ou « au rayon frais » pour la choucroute, le kimchi ou le kombucha si tu veux des produits vivants. Et si tu préfères les préparer toi-même, notre guide de la fermentation maison pour débutant t’explique comment démarrer en toute sécurité.

Astuce : varie plutôt que de miser sur un seul aliment. Chaque ferment a ses micro-organismes, ses saveurs et ses usages en cuisine, et c’est la diversité de l’assiette qui compte.

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Questions fréquentes

Quels sont les meilleurs probiotiques naturels ?

Aucun aliment n’est un probiotique au sens strict, car le bénéfice santé doit être démontré pour une souche précise. Les aliments fermentés qui contiennent des micro-organismes vivants sont le yaourt, le kéfir, le kombucha non pasteurisé, la choucroute crue, le kimchi frais et les légumes lactofermentés crus. Le yaourt est le plus étudié.

Quelle est la différence entre un aliment fermenté et un probiotique ?

Un aliment fermenté est transformé par des micro-organismes, qui peuvent être vivants ou détruits par la cuisson ou la pasteurisation. Un probiotique est un micro-organisme vivant, identifié et dosé, dont le bénéfice pour la santé a été démontré. Un aliment fermenté vivant contient des cultures vivantes, mais ce n’est pas un probiotique pour autant.

La choucroute cuite contient-elle des probiotiques ?

Non : la cuisson détruit les bactéries lactiques de la choucroute. Elle reste un aliment fermenté, au goût caractéristique. Pour consommer des bactéries vivantes, il faut une choucroute crue, non pasteurisée.

Le pain au levain est-il probiotique ?

Non. Le levain contient des bactéries et des levures vivantes, mais la cuisson du pain les détruit. Le pain au levain est un aliment fermenté apprécié pour son goût et sa conservation, pas une source de micro-organismes vivants.

Les aliments fermentés sont-ils déconseillés à certaines personnes ?

Les personnes immunodéprimées, gravement malades, les nourrissons et les femmes enceintes doivent demander l’avis de leur médecin avant de consommer des aliments vivants maison. Les femmes enceintes évitent aussi le lait cru et les boissons contenant de l’alcool. Les personnes qui doivent limiter le sel font attention à la choucroute, au kimchi et au miso.

Le mot probiotique est-il autorisé sur les étiquettes ?

Dans l’Union européenne, la Commission considère le mot probiotique comme une allégation de santé, et aucune allégation probiotique n’a été autorisée après évaluation par l’EFSA. Seule l’amélioration de la digestion du lactose par les cultures vivantes du yaourt est reconnue.

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